Alan Hollinghurst – L’enfant de l’étranger

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ALAN-hollinghurst-lenfant-de-letrangerC’est sans surprise que le prix du Meilleur Livre Étranger(catégorie roman) a consacré le 15 novembre dernier le brillantissime cinquième roman du britannique Alan Hollinghurst L’enfant de l’étranger. En 1913, dans l’Angleterre post-victorienne, le jeune aristocrate et poète Cecil Valance séjourne à Deux Arpents, la demeure familiale bourgeoise de son camarade de Cambridge et secret amant George Sawle. Ces quelques jours relèvent de « ces moments dans la vie qu’on ne (reconnait) qu’au moment de les vivre, les moments décisifs ». Décisifs pour George avec qui Cecil s’adonne aux plaisirs charnels ; pour sa sœur Daphné dont Cecil bouleverse les sens adolescents ; et pour Cecil lui-même qui compose à l’attention de cette dernière (ou serait-ce à celle de George ?) le poème qui lui vaudra sa renommée, « Deux Arpents ». Cette notoriété, dont on remettra par la suite le bienfondé en question, interviendra essentiellement à titre posthume puisque dès la deuxième partie du roman – qui propulse le lecteur en 1926- le dandy séducteur n’est plus. Tombé en France au cours de la première guerre mondiale, il s’impose néanmoins comme le fil conducteur de cette fresque sociale parcourant le XXe siècle jusqu’en 2008 à coups d’ellipses. Si de nombreuses situations ont « quelque chose de perversement délicieux », l’ensemble du roman est plus sensuel que vicieux, dans l’élégance de la langue autant que dans les faits narrés auxquels « alcool et badinages (donnent) (…) un rythme ». L’exploit accompli par Alan Hollinghurst ne réside pas seulement en sa capacité à dresser le portrait d’une Angleterre en proie aux changements ou à relater les évolutions du rapport qu’elle entretient à l’homosexualité. Il s’étend aussi à faire de Cecil Valance une sorte de « mot de passe ». Le nom du poète et l’évocation de « Deux Arpents » finissent par s’apparenter à un souvenir commun, un morceau de culture générale, prétexte à une connivence inattendue entre les personnages, mais aussi entre eux et le lecteur. Le suspens, à la fois ténu et subtil car non identifiable à un élément singulier bien qu’étroitement lié à Cecil, n’en est que démultiplié et le lecteur tiraillé entre l’envie pressante de dévorer les quelques 700 pages d’une traite, et le besoin de les faire durer pour que Cecil, George, Daphné et les autres continuent d’exister.

Références

Alan Hollinghurst, L’enfant de l’étranger, éditions Albin Michel, traduit de l’anglais par Bernard Turle, août 2013, 736 pages, 25 €

Par le hublot

* La chronique de Lire

* La chronique de Les Echos

* La chronique de Le Monde des Livres

2 thoughts on “Alan Hollinghurst – L’enfant de l’étranger”

  1. In Cold Blog says:

    Je garde un très bon souvenir de la « Piscine bibliothèque »,; un peu moins des deux autres romans d’Hollinghurst, ni même de « La ligne de beauté », mais ce nouveau roman est en bonne position sur ma liste au Père Noël. espérons que le vieux barbu n’est pas encore tout à fait sénile et qu’il saura montrer qu’il a encore bon goût 😉

  2. La souris épistolaire says:

    Super article, ça donne envie de lire l’ouvrage, en plus je ne connaissais pas du tout l’auteur, à découvrir !

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