Andrew Boyd et Dave Oswald Mitchell – Joyeux Bordel

Recettes pour une révolution créative

JoyeuxBordel-andrew-boyd-osward-mitchellLe 1er avril, quel plus beau jour pour présenter le livre des activistes américains Andrew Boyd et Dave Oswald Mitchell, Joyeux Bordel, lors d’un événement baptisé #OccupyCultureRapide en hommage au mouvement « Occupy Wall Street », qui avait secoué le quartier des affaires de New York en 2011 ? Dans une petite salle bondée du bistrot Culture Rapide dans le XXe arrondissement de Paris, Andrew Boyd, épaulé par le traducteur du livre en français, présente son recueil de textes co-écrits par des activistes altermondialistes, écologistes et autres sympathiques semeurs de trouble du monde entier.

L’ambiance festive et décalée rappelle les « joyeux bordels » dadaïstes et surréalistes comme les procès fictifs, ou les facéties étudiantes de Mai 68. Les chaises-otages réquisitionnées dans une agence de la banque BNP-Paribas le 07 mars dernier plantent le décor à l’entrée du cabaret. Invité d’honneur, le Président de la BNP, convié à venir les récupérer contre le retrait de la banque des paradis fiscaux, ne s’est pas présenté ce soir-là.

S’ensuit une présentation chantée et dansée (tantôt folk, tantôt lyrique, toujours drôlissime) du sommaire de ce « manifeste farceur » : des tactiques (modes d’actions) aux études de cas concrètes en passant par  les stratégies (principes) et les théories qui permettent de préparer des actions à la fois non-violentes, efficaces, pleines de sens et provoquant des échos dans les médias et l’opinion publique. Au-delà des mots d’ordres politiques habituels, le livre se présente comme un livre de recettes ou un mode d’emploi, composé de fiches pratiques pour que chacun puisse préparer ses actions créatives avec les meilleures intentions et les meilleurs ingrédients.

À travers des exemples foisonnant de perturbations créatives comme le « théâtre invisible » – qui consiste à jouer une pièce de théâtre dans des lieux publics sans en avertir les passants, devenus spectateurs d’une scène qu’ils croient réelles – le canular, ou les actions préfiguratives, nous prenons la mesure de toutes les ressources de l’« artivisme ». Liant pratique artistique et activisme, ces manifestations prennent appui sur les ressources culturelles à disposition, pour les détourner et les transformer en « mèmes » – ces buzz qui se répandent à la vitesse de la lumière sur Internet.

source : agilecity

source : agilecity

Si ces actions ne sont pas en mesure de changer le monde de manière globale et radicale, elles ont le mérite de changer les choses de manière temporaire et localisée, en faisant partager l’expérience au plus grand nombre grâce au médias. Le meilleur exemple de cette démarche politico-médiatico-poétique est « l’initiative PARK(ing) Day, durant laquelle les citadins (…) mettent des pièces pour toute une journée dans les parcmètres et transforment leur parking en parc miniature, en club de jazz, ou en mini-piscine publique, pour préfigurer le verdoiement de l’espace urbain et la réappropriation des communs ».

Cet essai est révélateur des tentatives pour construire un pont entre l’activisme politique (souvent réservé à un marge de la population, politisée), une démarche artistique faisant appel aux compétences créatives des participants, et une logique de communication médiatique – un message simple, un mode d’action spectaculaire, et une médiatisation virale (une vidéo, par exemple). Le message du livre n’est pas sans rappeler les illustres prédécesseurs de la Révolution, le peintre Jacques-Louis David – ordonnateur des fêtes et cérémonies révolutionnaires – et Gustave Courbet, délégué aux Beaux-Arts de la Commune de Paris. Plus récemment, ces méthodes rappellent les logiques de communication virales, notamment décrites par Malcolm Gladwell dans son essai Le Point de bascule. Comment faire une grande différence avec de très petites choses (Champs Essai, 2012).

Ce livre multifacette est aussi présent dans une version enrichie sur Internet, sur le site http://beautifultrouble.org, qui présente les auteurs, des fiches inédites et permet d’explorer le livre de manière visuelle et interactive (http://explore.beautifultrouble.org/). Une belle réussite d’édition, qui exploite pleinement les ressources du livre papier et de l’édition numérique. Bref, un essai qui va faire du bruit.

Références

  • Andrew Boyd et Dave Oswald Mitchell, Joyeux Bordel : Tactiques, Principes, et Théories pour faire la Révolution, « Les Liens qui Libèrent », Mars 2015, 245 p., 16 euros.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *