Eric-Emmanuel Schmitt – Ulysse from Bagdad

Comment parcourir des milliers de kilomètres lorsqu’on n’a pas un dinar ? C’est la question que va se poser Saad Saad, jeune irakien prêt à fuir Bagdad, après la destitution de Saddam Hussein, pour quitter un pays où le chaos a survécu à la Ulysse from bagdaddictature, malgré la guerre-éclair menée par les Américains en 2003. Saad Saad signifie en arabe « Espoir Espoir » et en anglais « Triste Triste », et selon les péripéties qu’il doit affronter, le signifié prend tout son sens sur le signifiant. Tantôt périple odysséen, tantôt quête initiatique, celle d’une identité dépourvue de ses couches superficielles, le nouveau roman d’Eric-Emmanuel Schmitt modernise la figure d’Ulysse.

{{__ULYSSE 2.0.__}} __D’Homère à Schmitt__ Ainsi, notre nouvel héros veut quitter son pays natal, qu’il ne reconnaît pas comme le sien, pour gagner l’Europe, terre de toutes les promesses, et plus particulièrement l’Angleterre, espace de rêves. Après avoir vécu le chaos, la privation, l’embargo américain, la faim, la guerre, la mort, avoir survécu à un attentat suicide, assisté à l’agonie de plusieurs de ses proches suite à la pénurie de médecins, Saad Saad se décide à commencer son odyssée, dans le sens inverse de celui entamé par Ulysse : lui ne cherche qu’à rentrer chez lui, Saad Saad veut le trouver, son chez-lui. Et tout recommencer, parce que lui n’a pas eu la chance de tirer un bon numéro à la loterie des naissances. Son voyage, qui passera par le Caire, Malte, la Sicile, et la France, tout comme celui du roi d’Ithaque, sera parcouru par maintes rencontres et aventures. Il rencontrera une bande de Lotophages fumant de l’opium, devra faire face à un Cyclope dans un centre de détention, s’obligera à braver les dangers de la mer, et rivalisera d’astuces pour échapper non pas à la volonté des Dieux, mais à celles des autorités. Partant de ce postulat, qu’on a affaire si ce n’est à une réécriture de l’œuvre d’Homère, du moins à une modernisation, il ne faut pas s’attendre à trouver dans le nouveau roman d’Eric-Emmanuel Schmidt du réalisme à l’état pur. __Rêves et réalités__ Ulysse from Bagdad n’est pas un essai sur la condition clandestine, même s’il en aborde toutes les thématiques : la difficulté de partir, de prendre le large, la perte des repères, la survie difficile (être prêt à tout pour empocher quelques pièces de monnaie), les horribles conditions de voyage, l’hypocrisie des autorités officielles, etc, etc… C’est d’abord un roman, humoristique et onirique, bourré de bons sentiments. ((/public/france/.ULYSSEFROM_m.jpg|ULYSSEFROM.gif|L|ULYSSEFROM.gif, mar. 2010))Toutes les aventures de Saad Saad sont ponctuées d’entretiens avec le fantôme de son père, décédé en Irak à cause d’une méprise de la part des Américains. Son père, libraire, qui, sous le régime de Saddam Hussein, résistait en accumulant les livres interdits sous le régime, créant une véritable bibliothèque secrète, en mettant au parfum son fils, lui transmettant le goût de la digression. Il apparaît donc à notre héros, pour lui raconter ses grandes théories et lui prodiguer des conseils, dans des dialogues inoubliables. Ainsi, selon lui, si le Moyen-Orient a des problèmes de démocratisation, c’est forcément à cause des palmiers. __Quête identitaire__ Au-delà du voyage, de la quête initiatique, Eric-Emmanuel Schmitt interroge la condition humaine, et surtout, le concept d’identité. « Les hommes tentent, pour oublier le vide, de se donner de la consistance […] » Certains de par leur appartenance à une communauté religieuse, ou à une nation, ou à une langue. D’autres de par leur pays, leur région, leur ville. Chacun se rattache à ce qu’il peut, immanquablement. D’où le double constat sur le clandestin : la difficulté de s’affirmer en tant que personnalité, coupée des éléments identitaires spatio-temporels qui font de chacun de nous ce que nous sommes, et le regard des autres, ces autres si fier de leur identité, qui face à un clandestin, ne peuvent que relativiser ce qu’ils sont, en se posant la question existentielle « et si… » Eric-Emmanuel Schmitt, on l’aime, ou on le déteste. Ce qui peut être énervant, c’est cette petite morale cachée derrière les dialogues, les personnages forcément toujours philosophes, et la (trop grande) facilité dans l’enchaînement des péripéties. Mais en ces temps grisâtres, on ne va pas dire non à un roman plein de bonnes intentions ! {{références}} Eric-Emmanuel Schmitt, Ulysse from Bagdad, Albin Michel, 2008, 306pages, 20€

One thought on “Eric-Emmanuel Schmitt – Ulysse from Bagdad”

  1. jojo says:

    Quelles sont les personnages du livre car je ne paut pas me le procurer pour l’instant mais le livre me dit quelque chose…
    Répondez moi vite 🙂

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