Le Globe Lecteur est allé à la rencontre du Prix Virilo, dont la constitution relève d’une simple blague lancée au beau milieu d’une soirée arrosée :
« T’as vu le Femina…
- C’est fou ce nom quand t’y penses : « Femina »… Tu imagines « le Masculo » ? Ou « le Virilo » ?
L’idée de récompenser « la poussée de testostérone littéraire la plus vivace de l’année » était lancée. Et comme le dit si bien Philippe, l’un des jurés évidemment moustachu qui a répondu à nos questions, « la limite entre une blague potache et une idée formidable est parfois très ténue : c’est juste une question de moyens et d’ambition ».
Certes, on n’a pas réussi à lui tirer la moustache ni les vers du nez sur le lauréat 2011 – mais à vrai dire, là n’est pas l’essentiel. A travers le Prix Virilo, c’est bien l’amour de la littérature et des rillettes (que le jury consomme en réunion) qui apparaît. Récit d’une bonne poilade:
1. Le Prix Virilo... Finalement, qu'a-t-il de si différent de ses confrères Goncourt ou Femina ?
Quelques points communs : nous donnons à peu près le même montant au gagnant que le Goncourt : un euro symbolique de plus pour être exact (11 euros donc). Nous avons des bandeaux pour les libraires, nous dopons les ventes, nous subissons des pressions des maisons d’éditions, des tentatives de corruptions… Mais de nombreuses différences : nous acceptons les virements et les chèques, nous achetons nous-mêmes les livres, nous les lisons pour de vrai (nous avons de sérieux doutes sur ce dernier point quant aux lectures du Prix Goncourt et du Renaudot). En ce qui concerne le Femina, nous ne sommes pas dans l’opposition frontale, disons que nous sommes le nécessaire complément que son nom appelait depuis sa création. Nous avons un jury mixte… Mais il doit porter une moustache et voter en homme. Nous critiquons publiquement sur notre site les livres lus…
2. Tu les choisis comment, les moustaches que tu portes lors de la remise du prix ?
Tu te trompes. Ce n’est pas l’homme qui choisit la moustache, c’est la moustache qui te choisit. En vérité, il y a ceux qui laissent pousser, il y a ceux qui mettent des postiches. Nous sommes obligés d’être conciliants. Pour les postiches, il faut en prendre en véritable poil humain. La marque rubie’s en fait de très bonnes pour pas trop cher par exemple.
3. Cinq minutes avant d'annoncer le lauréat, il est dans quel état psychologique, le jury ?
Viril, en sécurité derrière notre moustache. Sûr de notre droit et de notre goût… En même temps, on se sent un peu inutile… Il faut bien comprendre qu’à la remise du Femina, il y a 90% de journalistes qui sont là parce que c’est leur boulot et qui poirotent en soupirant. Nous avec nos moustaches, on les amuse un peu, mais au fond, ils ne sont pas non plus hyper impliqués. C’est pour cela qu’on a décidé cette année d’organiser une petite fête pour ceux que ça amuse et intéresse, le soir même. Il y aura du rouge qui tâche, du pâté, de la musique, et on parlera livres en se faisant des grandes bourrades dans le dos.
4. Rasante, la rentrée littéraire 2011 ?
Assez, comme chaque année en fait. Mais c’est le cœur du travail de critique. C’est un peu un filtre… Alors nécessairement, on ne voit pas passer que de la qualité… Le grand plaisir c’est justement de dénicher dans cet océan plat un vrai plaisir de lecture. Ça magnifie la qualité. Cela rend le jury un peu moqueur, assez acide, mais il faut bien comprendre que quand tu perds 10 heures de ton week-end et 20 euros pour une bouse survendue, tu veux te venger. Et c’est tant mieux. Au fond, tant que l’on restera pauvre, on restera de bons critiques.
5. Et cette année, que nous préparent les jurés ?
Comme chaque année, on ne le sait pas à l’avance. Ça dépend de la rentrée, elle influencera directement les accessits que l’on va créer… Mais Eric Reinhardt est bien parti pour gagner l’accessit Graham Bell du nom le plus téléphoné (l’entreprise Kilofer et la tour Uranus, on vous laisse lire notre critique pour comprendre).
Sinon, nous améliorons le site en continu, avec des interviews de personnes « en dehors » de la course aux prix, et nous allons ajouter sous peu les notes sur 5 de chaque critique pour plus de clareté.
Enfin, nous allons essayer d’organiser cette petite soirée, même si ce ne sera pas non plus la closerie des lilas ou le prix de flore en matière de petits fours…
DES PRIX AU POIL…
Le Prix Virilo récompense un « roman francophone publié dans l’année ayant touché le jury par son audace littéraire, sa justesse, ou toute autre qualité faisant sens ». Le prix est rendu chaque année quelques heures avant le prix Femina.
Le prix Trop Virilo récompense « la plus belle poussée de testostérone (littéraire) parue dans l’année. C’est un livre ou un essai qui doit sentir l’homme, l’aigre vestiaire de fin de match».
Retrouvez les jurés du prix Virilo sur leur blog, où paraissent régulièrement les chroniques des livres qu’ils ont donc (vraiment) lu. Et d'ici à ce qu'on connaisse les successeurs de Emmanuel Dongala et Virginie Despentes (respectivement Prix Virilo pour Photo de groupe au bord du fleuve et Prix Trop Virilo pour Apocalypse Bébé en 2010), hommes ou femmes, portez la moustache !

2 réactions
1 De Bertrand - 26/10/2011, 08:56
Ca alors ! Je n'avais jamais fait le rapprochement Virilo Vs. Fémina ! Merci à cet article de m'avoir apporté cette lumière.
Très drôle idée en tout cas, qui me donne envie de découvrir leur sélection.
Et cette histoire ténue entre une bonne blague et une idée formidable, Dieu que c'est juste :)
2 De Renaud - 30/09/2012, 11:37
"La virilité, c'est mon métier"
Pascal Brutal