« Un roman en quatorze lignes ».

Dès le sous-titre, Dominique Simonnet invite le lecteur à un dépaysement familier à travers les lignes du métro parisien. Derrière le fracas des rames, des individus se toisent, se devinent, se souviennent. Une affiche, un regard, une rencontre fugace et aléatoire, des retrouvailles, quelques lignes lues au-dessus d’une épaule, sont autant de prétextes à la narration d’une nouvelle. L’auteur transfigure le quotidien, parvient à saisir le caractère unique de chaque instant, habituellement si vite oublié. Les passants sortent temporairement de leur anonymat pour révéler leur individualité.

« Maintenant, dans ce métro indifférent, un sentiment étrange se ranimait en elle comme une braise ». Ce recueil se présente comme une série d’instantanés de la vie lheure_de_pointe.jpgparisienne dans sa diversité, ses rencontres, ses variations. Le décor, pourtant traditionnellement associé à un certain prosaïsme, au célèbre « métro-boulot-dodo », s’imprime ici d’une surprenante dimension poétique et entraine le lecteur vers de nouveaux horizons, jusqu’en Afrique, ou vers un passé révolu, sous l’Occupation. Les métros bondés deviennent prétexte à une nouvelle proximité, à des rapprochements inattendus, à des complicités éphémères. « Il ne vit d’abord que son reflet, l’image d’un beau visage qui palpitait sur la vitre au gré des lumières du tunnel. ». Des inconnus se croisent, se remarquent, s’admirent ou se critiquent, sans jamais se laisser aller à une morne indifférence.

Des destins croisés se dessinent, tristes ou joyeux. Le temps d’un trajet, Simonnet nous livre les réflexions, rêveries et préoccupations de chacun, graves ou légères, joyeuses ou perturbantes. « Pourquoi a-t-elle souri ? se demanda Jeanne. A quoi pense-t-elle ? Qui sait à quoi pensent les femmes ? ». La « vague humaine » du métro prend vie, se devine à travers un subtil jeu de suppositions et de miroir. « Un homme feuillette distraitement un journal, une jeune fille est plongée dans la lecture d’un livre de poche. ». Les protagonistes sont bien connus : la violoniste virtuose, le bavard intarissable, une femme qui laisse son amant pour retrouver son mari, le jeune homme qui n’ose parler à l’inconnue qui a attiré son attention, celui qui, au contraire, n’hésite pas… Dominique Simonnet parvient cependant à métamorphoser le quotidien : il propose au lecteur de découvrir ou simplement d’apprendre à regarder le perpétuel théâtre de rue proposé par le Métropolitain, avouant dans un clin d’œil complice « nous adorons les histoires »

Un recueil frais et agréable à lire, sans prétention. Le format des nouvelles (entre 5 et 15 pages en moyenne) en fait le compagnon idéal pour un trajet en métro ou pour une attente sur un quai.

Références :
Dominique Simonnet, L’heure de pointe (roman en quatorze lignes),
Actes Sud, mars 2010, 134 pages, 17 euros.

Achetez l'heure de pointe sur Amazon