José Saramago – L’autre comme moi

De l’autre côté du miroir

saramago-lautre-comme-moi-pointsDans L’autre comme moi, l’auteur portugais José Saramago, Prix Nobel de littérature, met en scène le professeur d’histoire Tertuliano Maximo Afonso dans une période peu glorieuse : bien que semblant totalement remis de son divorce, encore dans la fraicheur et la vigueur de la fin trentaine et fréquentant une séduisante employée de banque, Maria da Paz, il s’est enfermé dans une vie morose d’intellectuel célibataire se réduisant à la correction minutieuse de ses copies dans un appartement propret entretenu par une aimable voisine, à des dîners solitaires au restaurant, à quelques coups de fil à sa mère et à la lecture assidue d’une bible sur les civilisations mésopotamiennes. Décelant chez Tertuliano une dépression latente, son collègue de mathématiques l’encourage à se divertir, pourquoi pas en visionnant une comédie légère, évoquée au hasard (nous ne saurons jamais si c’en était bien un) :  »Qui cherche trouve ». Disposé à tester cette échappatoire, le professeur d’histoire emprunte ladite cassette dans un vidéoclub. L’effroi et la stupeur l’envahissent alors brusquement lorsqu’apparaît à l’écran, dans le rôle d’un figurant, non pas son sosie mais son double, son « exacte réplique ». Un élément perturbateur qui ne manque pas d’inciter le lecteur à s’interroger contre son gré : la sueur froide passée, quelle réaction nous réserveraient notre intellect et notre corps dans une pareille situation ? Tertuliano lui, élabore une série de stratagèmes, conçus dans le plus grand secret avec l’obsession de celui qui craint de perdre la raison, visant à entrer en contact avec cet inconnu dont il partage le reflet dans le miroir, jusqu’aux deux grains de beauté sur le bras et à la cicatrice sur le genou. Si jusqu’à la rencontre des deux hommes Saramago se risque à étourdir le lecteur – par le biais d’un narrateur omniscient développant dans le détail les préoccupations du personnage et les dialogues intérieurs qu’il entretient avec son Sens Commun -, son style incomparable nous tient ensuite en haleine jusqu’à la dernière page, surprenant par l’audace de l’intrigue, par la perversion inattendue des deux protagonistes, par un élément de résolution troublant et une situation finale laissant deviner un inévitable et sordide recommencement.

Références

José Saramago, L’autre comme moi, éditions Points, octobre 2006, 348 pages, 7€

 

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