Richard Ford – Canada

Richard-Ford-CanadaGénéralement, on y trouve des pizzas surgelées, des esquimaux et quelques glaçons. Richard Ford, lui, y a glissé les notes qui ont constitué la base de la deuxième partie de son roman Canada, prix Femina étranger 2013. Même si agir de la sorte lui aura permis de sauver cette matière littéraire de l’appétit dévorant de ses chiens, la méthode de conservation employée n’est, au fond, peut-être pas si étonnante pour un écrivain. Comme la nourriture, pourquoi ne pas réfrigérer l’inspiration, le temps de la laisser reposer ? Car il manquait encore à l’auteur d’Indépendance, prix Pulitzer 1996, le point de départ du roman, qui lui est venu bien plus tard, à température ambiante. « D’abord, je vais raconter le hold-up que nos parents ont commis » écrit-il. Une phrase pleine de promesses, qui annonce la première partie du récit. Dell Parsons, vieil enseignant de littérature, revient sur l’« infime déviation de la vie quotidienne » qui a bouleversé son existence : à quinze ans, il découvre que ses parents ont choisi de braquer une banque pour rembourser une créance. Véritable fiasco qui mène Dells de Great Falls, Montana à Fort Royal, un petit village de la Saskatchewan, où il part se réfugier pour fuir la Protection des mineurs. Ses parents, loin d’avoir l’étoffe de criminels, sont en effet bien vite emprisonnés. La deuxième partie du livre peut alors commencer : Dells fait l’expérience de la vie sauvage. Il oublie sa passion pour les échecs et les abeilles afin de creuser des fosses à tir et de placer des leurres en bois, dans une région où la chasse à l’oie est de rigueur. Pas de chance, il tombe sur un type mystérieux, Arthur Remlinger, le propriétaire de l’hôtel qui l’emploie, dont on sent bien vite qu’il occupera en tant que personnage secondaire une place centrale dans le roman. Quel avenir s’imaginer dans pareille situation ? « Il y a deux sortes de gens » explique Mildred, la sœur d’Arthur, « Oui, enfin, il y en a de toutes sortes. Mais au moins deux : ceux qui comprennent qu’on ne sait jamais ; et puis ceux qui pensent qu’on sait toujours. Moi j’appartiens au premier groupe. C’est plus sûr ». Plus sûr, en effet, pour essayer, comme Dells, de « vivre chaque jour comme une micro-existence en soi ». A l’abri ni de la douleur, ni du bonheur. Prêt à endurer la souffrance, à supporter la fuite, à traverser des frontières, à profiter des moments de joie. Pour faire l’apprentissage de la vie, car c’est bien là l’objet de Canada. On a hâte de voir quelles autres surprises se cachent dans le congélateur de Richard Ford.

Références

Richard Ford, Canada, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun, éditions de l’Olivier, août 2013, 478 pages, 22.50€

Par le hublot

* « Richard Ford, le romancier qui recoud son destin » dans LeMonde.fr

* La critique de Télérama

One thought on “Richard Ford – Canada”

  1. Sandrine says:

    Je suis assez friande ce ce genre de récit de vie, mais pas tout à fait certaine que Richard Ford me séduira. Au programme du mois prochain, pour ses 70 ans…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *